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juil12 2017

Ma vie quotidienne à Beijing


Voyage

Catégories : Chine

Tags : Chine, société, humeurs, réflexions, urbain

Statistiques : 1137 visites

Voici quelques semaines que je suis installée à Beijing. Comment vit-on dans une ville de 20 millions d’habitants? Quitter Blonay, village de 6’000 âmes où il y a presque autant de poules que d’humains, pour s’installer dans une métropole de 100 km2, c’est comment? Voici le récit d’une journée ordinaire dans la capitale chinoise.

8h45: quitter la maison

Le plus difficile à Beijing, c’est d’arriver au travail. Premier obstacle à ma bonne volonté pour me rendre chez mon employeur: l’ascenseur. Je vis au 22e étage d’un immeuble dans lequel deux ascenseurs archaïques fonctionnent tant bien que mal.

Chaque matin j’ai donc tout le loisir de rêver à un monde meilleur en attendant 10 minutes de pouvoir monter dans l’ascenseur puis de subir 21 arrêts pour récupérer tous ceux qui vivent aux étages inférieurs.

9h : la bataille pour se déplacer

Beijing est gigantesque et la marche à pied y est peu envisageable. En effet, les distances sont immenses, les routes sont très larges et il est souvent impossible de les traverser car elles sont barrées par de hautes barrières en métal. Dans le meilleur des cas il faut emprunter un pont ou un passage souterrain, dans le pire, faire un long détour pour trouver un carrefour où il est possible de traverser.

Le métro n’est pas une meilleure option. J’ai clairement vu la mort en face plusieurs matins de suite, lorsque par 35 degrés, je me suis retrouvée comprimée avec 600 millions d’autres malheureux dans une rame de métro où chaque centimètre carré d’espace est occupé. A chaque arrêt, un désagréable tetris humain se met en place avec une bagarre entre ceux qui sortent et ceux qui tentent d'entrer. J’y ai appris l’individualisme: pour avoir une chance d’entrer/sortir de la rame, il faut s’imposer, pousser. Sinon, c’est tant pis!

Photo Chindadaily
Photo Chindadaily

Ma seule solution de transport est donc le vélo. En Chine, il existe une chose merveilleuse: les vélos en libre service. Plusieurs compagnies se partagent le marché, avec en tête les vélos jaunes de Ofo et les oranges de Mobike. Partout en ville, on peut se servir lorsqu’on en a besoin.

Il suffit de scanner le code QR du vélo avec notre smartphone, le cadenas s’ouvre automatiquement et en piste! Un système pratique et bien conçu, qui fonctionne dans l’ensemble très bien. Vous débloquez un vélo, vous rendez à votre destination puis le laissez où bon vous semble, tout cela pour une poignée de centimes. Parmi les inconvénients, il est souvent difficile de trouver des vélos aux heures de pointe, à la sortie des bureaux. Certains vélos sont également vandalisés, les codes QR grattés par des petits malins qui s’approprient ainsi les montures.

Certaines zones de la ville sont également complètement congestionnées par des montagnes de vélos qui s’amoncellent sur les trottoirs.

12h: mon repas livré à ma porte

Après une matinée de travail, la faim commence à me tirailler. Comme tous les jours, je n’ai rien préparé à manger. Pas de problème ! Pour quelques yuan, je me fais livrer un repas en choisissant directement sur une APP. Là où en Suisse, nous avons le choix entre quelques pauvres livraisons de pizza avec des frais exorbitants, la Chine se distingue encore. Sur mon téléphone, je choisis parmi le menu de tous les restaurants se trouvant dans un rayon d’environ 5km.

Je choisis mon plat parmi des centaines d’options, passe commande, je paie directement depuis mon smartphone, et une quarantaine de minutes plus tard, mon repas est là, livré par un coursier à scooter (qui aura pris la peine de me téléphoner en hurlant dans un dialecte incompréhensible quelques minutes auparavant).

19h: sortie du bureau

Beijing, en été, c’est une chaleur insupportable (35 à 37 degrés la journée, jamais en dessous de 30 la nuit) et des pluies torrentielles assez fréquentes. La pluie complique beaucoup les choses et la vie semble s’arrêter dès qu’un orage se déclenche: les rues se transforment en piscine, le métro est encore plus bondé que d’habitude, et il est extrêmement difficile de trouver un taxi. D’ailleurs, oubliez l’idée d’appeler un taxi en levant le bras au bord de la route comme à New York, vous resteriez ainsi planté de longues heures en vous demandant si c’est parce que vous êtes blanc que personne ne veut vous prendre. Pour plus d’efficacité, encore une fois, c’est avec une APP que ça se passe.

Uber étant interdit en Chine, c’est Didi qu’il faut utiliser. Avec celle-ci, vous pouvez appeler à la fois des chauffeurs privés ou de vrais taxis officiels qui factureront avec leur compteur. Par temps pluvieux, il est quasiment impossible d’appeler un taxi avec Didi. Pour augmenter les chances, il est possible d’ajouter un peu d’argent au prix de la course (incentive fee). Par exemple en choisissant de rajouter 15 yuan (2CHF/€) au total de ma course, j’augmente significativement mes chances qu’un chauffeur daigne venir me chercher en me criant dessus pour je ne sais quelle raison (comme à chaque fois).

20h: l’heure de faire les courses

Alors qu’en travaillant en Suisse, l’essentiel de mes courses étaient faites à la Coop Pronto car je sortais systématiquement du bureau après la fermeture des supermarchés, à Beijing, je peux tranquillement faire mes courses jusqu’à 22h chaque jour de la semaine, dimanche inclus. De même, il est possible d’aller se faire couper les cheveux à 1h du matin, de souscrire un abonnement de téléphone ou d’aller au guichet de la banque le dimanche, bref, les commerces ne ferment quasiment jamais.

21h: cuisiner sans mettre le feu

Je rentre chez moi et savoure le délice visuel de la tapisserie fleurie qui habille tous mes murs, y compris le plafond. Les appartements chinois sont différents en de nombreux points: ma cuisine (sans four et sans lave-vaisselle) est équipée de plaques au gaz qui émettent le feu de l’enfer même réglées au minimum. Autant dire qu’il y a un savant équilibre à trouver pour cuire les aliments sans les carboniser en 6 secondes.

Je pars ensuite me doucher, ce qui implique l’inondation du sol de ma salle de bain et d’étranges bruits de canalisations plutôt menaçants. Je jouis ensuite du luxe ultime de faire ma lessive dans ma machine à laver le linge personnelle ! En Chine, il est inimaginable d’avoir une buanderie commune pour tout l’immeuble, chaque appartement dispose de sa propre machine. Adieu, heure de lessive du samedi matin au sous-sol!

23h: internet ou l’apprentissage de la patience

Avant de me coucher, j’ai envie de regarder une série ou de poster un nouvel article sur le blog. Utilisant un VPN pour accéder au monde extérieur, ma connexion est fortement ralentie. Pour télécharger un épisode de 45 minutes d’une série, il me faut environ une heure de patience. Regarder le téléjournal de Darius, c’est une phrase, puis 20 secondes de blocage, puis une nouvelle phrase. Télécharger des photos sur le blog, c’est attendre, le regard vide et les bras ballants, et regarder les % s’égrener un par un, lentement, si lentement…

Alors, c'est comment?

Vivre à Beijing, c'est donc un constant sentiment d'agacement et de nervosité. L'impression d'être toujours oppressée par les gens, par la chaleur, par la poussière. La sensation de ne pas être à sa place, de se sentir plus que jamais étrangère et mal adaptée. Mais c'est aussi constater à quel point tout évolue vite, utiliser des technologies qui ont 10 ans d'avance sur ce qu'on trouve en Suisse, se sentir faire partie d'un mouvement bien plus grand que soi, de vivre de l'intérieur des changements significatifs et irréversibles de la société chinoise. J'aime, et souvent je déteste profondément, vivre à Beijing. 

Et vous? Avez-vous vécu en Chine? Comment s'est passée votre adaptation? Partagez vos expériences! 

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