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fev01 2015

Pourquoi je n’ai pas aimé rencontrer le peuple Himba


Voyage

Catégories : Namibie

Tags : Afrique, Namibie, société, culture, humeurs, réflexion, village

Statistiques : 35800 visites

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Visiter la Namibie, terre sauvage et berceau de certaines tribus ancestrales, a été l’occasion de partir à la rencontre du peuple Himba. Découvrir une ethnie nomade, qui vit comme elle le faisait il y a des centaines d’années, qui s’habille de façon traditionnelle, qui a gardé ses coutumes, voilà qui promettait une belle rencontre. Si seulement c’était vrai…

Qui sont les Himbas ?

Le peuple Himba est originaire du nord de la Namibie. On en compterait selon les sources entre 10'000 et 50'000 vivant sur sol namibien ou angolais. Leur particularité est d’être originellement un peuple nomade de chasseurs-cueilleurs, bien qu’aujourd’hui, ils soient pour la plupart sédentarisés dans des villages, avec leurs troupeaux de chèvres. Ce qui les rend si populaires aux yeux des visiteurs, c’est bien sûr leur aspect physique. Leur peau rouge, enduite d’un mélange de graisse et d’ocre pour se protéger du soleil, des moustiques et de la saleté, mais encore leurs coiffes impressionnantes en corne ou en peau de chèvre, et enfin les seins nus des femmes. Leur tenue, leur allure, leur fierté, les rendent si photogéniques! Une femme Himba est spectaculaire en photo, et cela, les acteurs touristiques de la région l’ont bien compris et l’exploitent autant que possible.

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Un peuple mis à l’écart de la société namibienne

Comme c’est fréquemment le cas dans les sociétés modernes, les minorités s’accrochant à leurs traditions sont mises à l’écart. Pauvreté, maladie ou alcoolisme sont souvent de la partie. Je m’en suis rapidement rendue compte en Namibie. Les Himbas vivent dans des hameaux au bord des routes, loin de toute ville ou tout commerce. En faisant quelques achats dans une échoppe, dans une toute petite ville au milieu de nulle part, mon attention a été retenue par deux femmes Himba faisant leurs courses au supermarché en tenue traditionnelle. Je n’ai pas pu ignorer les regards hostiles leur étant jetés par les badauds, des citoyens namibiens lambda. Ces femmes étaient considérées comme inférieures, cela se voyait. 

C’est dans ce contexte un peu particulier que je suis partie à la rencontre des Himba dans le village «Otjikandero Himba Orphan Village Project». Il s’agit d’un village abritant une trentaine d’enfants, certains orphelins, ainsi que des femmes qui prennent soin des petits. Peu d’hommes y vivent, et tous ont abandonné les vêtements traditionnels pour se vêtir à l’occidentale.

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Zoo humain

J’avais quelques appréhensions avant de visiter ce village, qui se sont avérées justifiées. Imaginez que quelqu’un débarque dans votre bureau et vous regarde travailler en prenant des photos de vous. Ou que des touristes prennent place dans votre salon et vous observent vous détendre ou prendre votre repas. Etrange non ? C’est précisément ce que j’ai ressenti en visitant ce village Himba. Aucun échange entre eux et nous, aucune possibilité de communication. L’image fantasmée par l’Occidental moyen, qui s’imagine partager un instant de vie authentique, aider une femme à préparer le plat traditionnel, revêtir la coiffe en chèvre ou se faire enduire d’ocre, tout en riant aux éclats et en vivant un moment de partage unique avec les Himba…tout cela n’existe pas. 

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C’est n’est rien de moins qu’un zoo humain. Les femmes nous regardent passer d’un air las, sans aucun intérêt, victimes d’une cage invisible. Elles exécutent machinalement les gestes, qui, elles le savent, feront de belles photos à afficher sur la cheminée du blanc-bec. Le guide, un membre de la tribu Himba lui aussi, nous donne des explications sur l’habillement des femmes en les montrant du doigt. La signification des bracelets de chevilles, de la peau rouge, des peaux de chèvres utilisées… j’ose à peine croiser le regard de ces femmes que l’on exhibe comme des animaux de foire.

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Les enfants, eux, ont bien compris que «homme blanc = argent», et viennent quémander sans cesse des cadeaux, lorsqu’ils ne montrent pas une indifférence totale envers les visiteurs. On est très loin de Muriel Robin dans «Rendez-vous en terre inconnue » ! Puis arrive le pire moment, celui ou les femmes étalent sur des couvertures des bijoux, des statuettes et des peintures, soi-disant artisanat local, en essayant de nous les vendre à des prix exorbitants (60CHF / € pour un minuscule bol en bois !)

Je quitte le village amère, déçue, mais surtout extrêmement mal à l’aise. Certes, l’argent dépensé pour leur rendre visite améliore leurs conditions de vie et permet aux Himba d’acheter de la nourriture. Mais leur place n’est en tout cas pas dans un village au bord d’une route, réduits à faire les animaux de cirque et à se laisser prendre en photo pour gagner quelques centimes. On n’y apprend pas grand-chose et on n’en ressort vraiment pas à l’aise. A éviter !

Si vous voulez tenter le coup, vous pouvez réserver la visite ICI

Et vous? Avez-vous déjà rendu visite à des tribus? Dans quel pays? Qu'en avez-vous pensé?

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