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fev05 2015

Bagan, pile et face


Voyage

Catégories : Birmanie

Tags : Birmanie, Bagan, architecture, humeurs, réflexion, Asie

Statistiques : 6516 visites

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Bagan, côté face, c’est l’un des plus beaux panoramas au monde. Une image parfaite, maintes fois exposée en couverture des magazines, une publicité idéale pour le tourisme birman. Les milliers de temples pointant le ciel, baignés dans la brume matinale, donneraient des envies de spiritualité aux plus athées d’entre nous.
Bagan, côté pile, c’est un tourisme de masse en plein essor. C’est la destruction prévisible et progressive de temples centenaires. Alors tout cela pourquoi ? Pour ramener de belles photos ?

Bagan, côté face

Bagan. Un nom qui fait rêver, pour peu qu’on ait aperçu quelques clichés de ce gigantesque site archéologique birman. Une plaine immense, habillée de temples, encore et encore des temples, à perte de vue…C’est, il est vrai, le paysage archéologique le plus splendide que j’aie vu.

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Visiter Bagan est facile et en certains points agréable. Louer un vélo électrique vous permettra de rouler aisément dans la plaine, vous arrêtant quand bon vous semble pour admirer les constructions. Le but étant, pour tous les visiteurs, de déambuler en vélo à travers les 50km2 que compte Bagan, de laisser sa monture à l’entrée et de pénétrer dans les temples. Certains édifices ne font que quelques mètres, tandis que d’autres sont d’imposantes constructions sur lesquelles il est permis de grimper, pour jouir d’une vue panoramique sur les environs. Et c’est bien là tout l’intérêt de Bagan. Comme partout, tout est plus beau vu d’en haut. Le jeu consiste donc à grimper sur tous les temples pour trouver le meilleur point de vue, et y revenir le lendemain au petit matin pour admirer le soleil levant. Le spectacle y est grandiose, surtout lorsque les dizaines de montgolfières prennent leur envol pour gratifier Bagan de jolis petits points colorés.

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Visiter des temples centenaires dans un pays encore peu impacté par le tourisme, admirer un lever de soleil en silence, voir le jour se lever sur l’un des plus beaux endroits de la planète… est-ce bien cela, Bagan ?

Bagan, côté pile

«Allez en Birmanie maintenant, avant que le tourisme de masse ne s’y développe!», «profitez, avant que le pays ne devienne comme la Thaïlande !», «vous verrez, le dépaysement sera total !». Ces phrases, on les entend et on les lit beaucoup au sujet de la Birmanie. Pays récemment ouvert au tourisme, encore vierge de toute influence néfaste, avec des habitants naïfs et purs… vraiment ?

La face cachée de Bagan, c’est ça :

Un tourisme déjà très développé et une fréquentation des temples impressionnante. Moi qui me réjouissais d’admirer le lever du soleil seule, dans un silence parfait, prenant le temps de me ressourcer et de réfléchir tandis que le jour se levait…impossible ! Sur chaque temple, des dizaines et des dizaines de personnes se pressent dès l’aube, chacun luttant pour obtenir la meilleure place où poser son trépied pour capturer le plus beau cliché. Dans un brouhaha pénible, le soleil se lève au son des flashes.

Bagan, côté pile, c’est une fréquentation en hausse. Et quand je me dis que tout le monde est encouragé à visiter la Birmanie «tout de suite !» «dès que possible !», «c’est le moment !», je m’interroge sur l’avenir de ces œuvres archéologiques déjà usées et abîmées par le temps. Chaque jour, des milliers de personnes grimpent sur les temples, s’accrochent aux pierres, les effritent, les détériorent en montant au delà des zones autorisées. Combien de temps ces temples vont-ils tenir avant de tomber en ruines ?

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Bagan, côté pile, c’est un tourisme aussi nauséabond que dans le reste de l’Asie du Sud-Est. Le touriste est évidemment un porte-monnaie ambulant, qu’il faut délester au plus vite. Vêtements, sculptures, cartes postales… tout est bon à vendre. Les jeunes commerçants, aussi rusés qu’audacieux, insisteront lourdement pour vous faire acheter leur marchandise. Seuls les temples les plus reculés échappent au pénible manège des vendeurs à la sauvette.

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Bagan, côté pile, c’est un tourisme qui ne profite que peu à la population locale. Les hôtels appartiennent souvent au gouvernement, qui en retire tous les bénéfices. On se demande également où part la taxe d’entrée au site, les taxes sur l’hébergement ou sur les taxis…

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Bagan, côté pile, c’est enfin un tourisme amené à se développer de façon exponentielle, sans outils pour le gérer. Quid de la gestion de l’eau, de la gestion des déchets ou de l’énergie dans cette plaine aride et reculée ? Les rivières sont déjà remplies de plastique. Qu’en sera-t-il dans 5 ans, lorsque tous les lecteurs du Lonely Planet auront suivi les conseils du guide et auront saisi l’occasion de visiter le Myanmar avant qu’il ne soit trop tard ? Et s’il était déjà trop tard ?

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Je suis la première à blâmer, puisqu’en visitant Bagan, j’ai également contribué à la dégradation du site. Je l'ai trouvé magnifique, merveilleux et inoubliable. Mais je l'ai moi aussi détruit. Depuis, je m’interroge : suis-je prête à renoncer à visiter une destination pour la protéger ?

Et vous? Pourriez-vous renoncer à visiter une région ou un pays, pour éviter de le dégrader?

 

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