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oct06 2013

Dandong, le retour à la liberté


Voyage

Catégories : Chine, Corée du Nord

Tags : Corée du Nord, Chine, train, frontière

Statistiques : 100771 visites

Enseignes lumineuses à DandongFlickr
Enseignes lumineuses à Dandong

Si quelqu’un m’avait dit un jour qu’arriver en Chine représenterait le retour à la liberté, je lui aurais certainement ri au nez. Chine et liberté semblent être deux notions plutôt éloignées. Et pourtant, poser le pied sur le sol de Dandong m’a fait le même effet que si j’étais sortie de prison pour me retrouver au cœur de Times Square. Dandong est une ville de l’extrême est chinois, qui fait office de ville-frontière avec la Corée du Nord. Toutes les personnes quittant la Corée du Nord en train y passent obligatoirement. Voici le récit du passage de la frontière entre la Corée du Nord et la Chine, et de la nuit passée à Dandong. 

Pour quitter la Corée du Nord, deux options s’offrent au voyageur : l’avion, comme à l’arrivée, avec un vol Pyongyang-Pékin d’environ 1h30, ou le train. Notez que les citoyens américains doivent obligatoirement quitter le pays en avion, ils ne sont pas encore autorisés à prendre le train. Nous avons donc perdu une partie des membres de notre groupe qui ont effectué le trajet retour avec un des avions d’Air Koryo. Le trajet en train Pyongyang-Pékin dure environ 24 heures. C’est très long, il est donc possible de couper le trajet en deux en s’arrêtant une nuit à la frontière (Dandong) et de reprendre un train de nuit pour Pékin le lendemain soir. Nous avons opté pour cette option et je ne le regrette pas ! Quelle expérience !

Gare de PyongyangFlickr
Gare de Pyongyang

Campagne nord-coréenneFlickr
Campagne nord-coréenne

10h40, gare de Pyongyang. Nous prenons place dans un compartiment à 6 couchettes, d’un confort plutôt sommaire, dans lequel nous allons passer les 8 prochaines heures. Le convoi s’ébranle et nous quittons la capitale pour entamer un long voyage en direction du nord du pays, et de la dernière ville nord coréenne avant la Chine : Sinuiju. Très vite, Pyongyang s’efface, et ce ne sont que des champs, encore et encore, à perte de vue. Nos guides ne sont plus avec nous, et personne n’est là pour nous empêcher de voir ce que l’on essayait à tout prix de nous cacher jusque là : la misère. Les cultures sont quasiment inexistantes : les champs sont en friche. Le spectacle le long des rails, durant les heures que dure le voyage, est édifiant : des militaires désœuvrés sont assis par terre et mangent des épis de maïs. Des fermiers promènent de chiches troupeaux de chèvres squelettiques. Des enfants sans chaussures regardent passer le convoi d’un œil vide, inexpressif. Nous étions habitués aux sourires des enfants de Pyongyang, à leurs signes de la main lorsque nous les saluions. A la campagne, rien de cela. Pas de sourire, pas de bonjour de la main, mais des visages fermés et sans émotion. Le voyage fait froid dans le dos.

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Dans le train en revanche, l’ambiance est toute autre. De nombreux Nord coréens font le trajet avec nous. Traverser un wagon couchettes rempli de Coréens à l’heure du repas est très… éprouvant. Les compartiments sont bondés, remplis exclusivement d’hommes qui se mettent à l’aise en petite tenue et dégustant avec délectation des poissons séchés et autres mets non identifiables mais très odorants ! Une épreuve olfactive difficile à supporter !

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Il est 15 heures, nous arrivons à Sinuiju, la frontière. Un moment redouté par tous, car l’agence de voyage nous avait mis en garde : les contrôles risquent d’être poussés. Les cartes mémoire des appareils photo et les bagages doivent être entièrement fouillés par les douaniers avant de pouvoir sortir du pays. Nous nous préparons donc à ouvrir nos valises et à être fouillés de fond en comble. Par chance, notre train est bondé. A cause des festivités de la fête nationale, le nombre de touristes est plus élevé que d’habitude. Nous évitons donc la fouille des valises, nos couchettes ne sont même pas inspectées par les douaniers. Nous attendons tout de même plus de trois heures avant que nos passeports nous soient rendus. Finalement, le passage de la douane se fait en douceur. Nous devons présenter nos téléphones à l’officier, qui note la marque, et qui va ensuite contrôler dans ses fichiers que nous ressortons bien avec le même appareil que celui avec lequel nous sommes arrivés. Ces contrôles sont là pour éviter que nous donnions un téléphone à un Nord coréen durant notre voyage.

L'un des deux ponts reliant la Corée à la Chine. Il a été bombardé durant la guerre de Corée, et jamais reconstruitFlickr
L'un des deux ponts reliant la Corée à la Chine. Il a été bombardé durant la guerre de Corée, et jamais reconstruit

Après trois heures d’attente, nous repartons donc pour Dandong, en Chine. Nouveau contrôle de nos visas, et nous pouvons enfin sortir du train. Nous voilà en Chine, nous voilà libres ! Bien qu’étant restée seulement 5 jours en Corée du Nord, j’éprouve tout de même un choc en sortant de la gare. Des voitures, des néons, des publicités ! Tout ce que je n’avais peu ou pas vu durant les jours précédents. J’ai l’impression d’arriver dans une fourmilière. Etrange sentiment d’être libre de ses mouvements et de pouvoir sortir faire un tour en ville après le repas ! J’en profite pour acheter des fruits, puisqu’il n’en avait pas en Corée.

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Dandong est séparée de la Corée du Nord par le fleuve Yalu. D’un côté du fleuve, c’est la Corée du Nord, vide, plongée dans le noir dès que le soleil se couche. De l’autre, Dandong, qui, par provocation ou vantardise, a placé des enseignes lumineuses très puissantes sur chaque facade qui longe le fleuve. C’est un contraste saisissant : d’un côté le noir, de l’autre la lumière. Jamais la différence entre les deux pays n’aura été aussi visible.

A gauche: la Corée du Nord, à droite, la ChineFlickr
A gauche: la Corée du Nord, à droite, la Chine

La frontière. De l'autre côté de l'eau, c'est la Corée du NordFlickr
La frontière. De l'autre côté de l'eau, c'est la Corée du Nord

Dandong sait très bien tirer parti de son emplacement. Plus de 5 millions de touristes visitent la ville chaque année. Observer les côtes nord coréennes est une attraction touristique qui marche : de nombreux bateaux sillonnent le fleuve, pour que les curieux puissent observer la Corée du Nord toute proche.

Croisière touristique nord coréenne pour observer les terres chinoisesFlickr
Croisière touristique nord coréenne pour observer les terres chinoises

Des jumelles sont placées au bord de l’eau, pour pouvoir lorgner chez le voisin. On n’en voit finalement pas grand-chose, juste du noir et du vide. Mais c’est ce vide qui attire les visiteurs. La Corée du Nord se ressent, même de l’autre côté du fleuve. La présence sombre, pesante, intrigante. Ceux qui ne franchiront pas la frontière ne peuvent qu’imaginer ce qui se trouve de l’autre côté. Dandong entretient le fantasme lié à la Corée du Nord. Pour ceux qui arrivent depuis l’autre côté, comme moi, Dandong représente le retour à la vie libre. Rien que pour cela, la visite en vaut la peine.

Un poste d'observation sur le pont détruit entre les deux paysFlickr
Un poste d'observation sur le pont détruit entre les deux pays

Des jumelles pour mieux observer le voisinFlickr
Des jumelles pour mieux observer le voisin

Infos pratiques : Dandong est accessible en train de nuit de / vers Pékin. On y trouve également le dernier tronçon de la Grande Muraille ! Une partie de la Muraille est restaurée et ouverte à la visite. Profitez-en, c'est beaucoup moins fréquenté que les tronçons situés près de Pékin (Badaling et Mutinanyu). 

Et vous? Avez-vous déjà visité la Chine? Aimeriez-vous visiter Dandong?

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